だろうに (darou ni)
だろうに
« Pourtant on aurait pensé que… (regret) ».
L'essentiel
- だろうに associe une supposition (だろう, « sans doute ») à la valeur concessive de に, la même que dans のに : « ce serait sans doute…, et pourtant… ».
- En fin de phrase, souvent après une condition irréelle en ~ば/~たら suivie d'une forme passée (~ば…ただろうに), elle exprime un regret ou un reproche laissé en suspens.
- En milieu de phrase, elle introduit une concession teintée de compassion ou de gratitude : 忙しいだろうに来てくれた, « il doit être débordé, et pourtant il est venu ».
- Elle se construit sur la forme neutre ; les adjectifs en -na et les noms perdent だ (大変だろうに), la forme polie est でしょうに et la forme écrite soutenue であろうに.
- Piège principal : だろう étant une conjecture, on ne l'emploie pas pour son propre état présent ni pour un fait certain, qui demandent simplement のに.
Comprendre
だろうに se décompose en deux éléments bien connus. だろう exprime une supposition du locuteur (« sans doute, probablement ») ; に est la particule concessive que l'on retrouve dans のに (« alors que, pourtant »). Le locuteur avance donc une hypothèse raisonnable (« ce serait sans doute ainsi ») et constate que la réalité ne s'y conforme pas. De ce décalage naît un sentiment : regret, reproche, compassion ou reconnaissance, selon le contexte. Littéralement, もっと早く出発すれば間に合っただろうに se lit « si nous étions partis plus tôt, nous aurions sans doute été à l'heure, alors que… » : la fin (« ce n'est pas le cas, quel dommage ») reste sous-entendue.
La forme connaît deux emplois. En fin de phrase, elle accompagne le plus souvent une condition irréelle en ~ば, ~たら ou ~なら : la conséquence manquée se met au passé (~ば…ただろうに) pour l'irréel du passé, et l'on emploie ~ていただろうに avec 今ごろ pour l'irréel du présent (今ごろは家に着いていただろうに). En milieu de phrase, elle relie une supposition sur la situation d'autrui à ce qui se passe malgré elle : 疲れているだろうに、彼は笑顔で手伝ってくれた (« il devait être fatigué, et pourtant il m'a aidé en souriant »).
La formation suit celle de だろう. Les verbes et les adjectifs en -i se mettent à la forme neutre, présente ou passée, affirmative ou négative : 知っているだろうに, 知らなかっただろうに, 寒いだろうに, 寒かっただろうに. Les adjectifs en -na et les noms perdent だ au présent : 大変だろうに, 休みの日だろうに (jamais ✗大変だだろうに), et prennent だった au passé : 大変だっただろうに. En registre poli, だろう devient でしょう (お忙しいでしょうに) ; à l'écrit soutenu, on rencontre であろうに (彼も気づいていたであろうに).
Deux restrictions découlent de la conjecture. D'abord, la forme porte sur ce que le locuteur ne peut pas affirmer : l'état intérieur d'autrui (寂しいだろうに) ou une conséquence hypothétique (助かっただろうに) ; on ne l'emploie pas pour sa propre sensation présente (✗私は眠いだろうに). Ensuite, comme avec のに, la proposition principale constate un fait ou un sentiment : elle ne porte ni ordre, ni demande, ni intention. Le registre est plutôt écrit ou réfléchi (narration, lettres, commentaires) ; à l'oral spontané, on entend plus souvent のに, au ton plus direct.
En détail
Expression exprimant un regret ou un reproche face à un décalage avec l'attente (« pourtant…, alors que ce serait… »).
En contexte
Au bureau, un collègue tousse depuis le matin mais refuse de rentrer chez lui.
熱もあるだろうに、田中さんは今日も最後まで会議に出ていた。
ねつもあるだろうに、たなかさんはきょうもさいごまでかいぎにでていた。
Il doit pourtant avoir de la fièvre, mais M. Tanaka est encore resté à la réunion jusqu'au bout aujourd'hui.
Emploi en milieu de phrase : le locuteur suppose l'état d'un tiers (だろう) et s'inquiète de son comportement, qui va à l'encontre de cette supposition.
Fin d'une lettre de remerciement adressée à un invité venu de loin pour un mariage.
お忙しいでしょうに、遠いところまでお越しいただき、本当にありがとうございました。
おいそがしいでしょうに、とおいところまでおこしいただき、ほんとうにありがとうございました。
Vous deviez être très occupé, et vous êtes pourtant venu de si loin : merci du fond du cœur.
Forme polie でしょうに : on reconnaît l'effort de l'autre sans présumer de son emploi du temps. La concession sert ici la gratitude, non le reproche.
Une mère apprend que son fils a abandonné ses études sans lui en avoir parlé.
一言相談してくれれば、いくらでも力になれただろうに。
ひとことそうだんしてくれれば、いくらでもちからになれただろうに。
S'il m'en avait seulement dit un mot, j'aurais pu l'aider autant qu'il fallait…
Emploi en fin de phrase : condition irréelle en ~ば, conséquence au passé, et regret mêlé de reproche laissé en suspens.
Entre amis, un trentenaire repense à une offre d'emploi qu'il a refusée.
あの時あの会社に入っていれば、今ごろは海外で働いていただろうに。
あのときあのかいしゃにはいっていれば、いまごろはかいがいではたらいていただろうに。
Si j'étais entré dans cette entreprise à l'époque, je travaillerais sans doute à l'étranger aujourd'hui…
Irréel du présent avec 今ごろ + ~ていただろうに. Le locuteur parle de lui-même, mais la conjecture porte sur une conséquence hypothétique, ce qui rend だろうに naturel.
Exemples
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早く言えば、助けてあげられただろうに。
はやくいえば、たすけてあげられただろうに。
Si tu l'avais dit plus tôt, j'aurais pu t'aider, pourtant.
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黙っていれば良かっただろうに。
だまっていればよかっただろうに。
Tu aurais mieux fait de te taire, pourtant.
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頼めば手伝ってもらえただろうに。
たのめばてつだってもらえただろうに。
Si tu avais demandé, on t'aurait aidé, pourtant.
Voix générées avec VOICEVOX (剣崎雌雄(ノーマル), 四国めたん(ノーマル), 黒沢冴白(ノーマル)).
Pièges
✗ 一人暮らしは大変だだろうに、彼女はいつも明るい。
✓ 一人暮らしは大変だろうに、彼女はいつも明るい。
Avec un adjectif en -na ou un nom, だ disparaît devant だろう, comme pour だろう seul. On écrit 大変だろうに au présent et 大変だっただろうに au passé.
✗ 私は眠いだろうに、最後まで仕事をした。
✓ 私は眠かったのに、最後まで仕事をした。
On ne fait pas de conjecture sur sa propre sensation : le locuteur sait s'il a sommeil. Pour un fait connu qui contredit la suite, on emploie のに ; だろうに est réservé à ce que l'on suppose (état d'autrui, conséquence hypothétique).
✗ もっと練習していれば、試合に勝てるだろうに。(en parlant d'un match déjà perdu)
✓ もっと練習していれば、試合に勝てただろうに。
Pour un irréel du passé, la conséquence manquée se met au passé devant だろうに. La forme non passée renverrait à un résultat encore possible et ne s'accorde pas avec ~ていれば appliqué à un match terminé.
✗ 忙しいだろうに、明日来てください。
✓ お忙しいところすみませんが、明日来ていただけませんか。
Comme のに, だろうに introduit une principale qui constate un fait ou un sentiment ; elle ne peut pas porter une demande ou un ordre. Pour solliciter quelqu'un malgré sa charge, on emploie la formule お忙しいところ…が.
Côté culture
Le japonais évite d'affirmer directement l'état intérieur d'autrui : on dit 寂しいだろう ou 寂しそうだ plutôt que 彼は寂しい, car seul l'intéressé sait ce qu'il ressent. だろうに prolonge cette prudence. Dans une lettre, un discours de remerciement ou un courriel soigné, お忙しいでしょうに (ou la formule figée お忙しいところ) reconnaît la peine que l'autre s'est donnée sans prétendre connaître son agenda : c'est une marque de 気遣い (attention à l'autre) très appréciée.
En fin de phrase, だろうに laisse l'énoncé ouvert : le locuteur ne dit pas « tu as eu tort » ni « quel dommage », il laisse l'auditeur compléter. Ce reproche à demi-mot se rencontre dans les romans, les éditoriaux ou les commentaires sur un échec, où il donne un ton pensif plutôt qu'accusateur. Adressé directement à quelqu'un, il reste cependant un reproche : à employer avec tact face à un supérieur.
S'entraîner
Questions au format du JLPT N1, corrigées et expliquées en français, dans le chapitre « Adverbes et expressions ».